l’abstention historique joue en faveur des présidents sortants

Seul un électeur sur trois sera donc venu, dimanche 20 juin, pour les élections régionales et départementales. Ce nombre noir d’abstention, qui se situe entre 66% et 69%, constitue un triste record pour un vote, hors référendum.

Un échec démocratique redouté mais attendu, en raison de la crise sanitaire. Les candidats n’ont pas pu mener une campagne digne de ce nom, avec un meeting et du porte-à-porte. Mais même entaché par cette très faible participation, le scrutin est important, car il était présenté comme un tour de chauffe avant la présidentielle de 2022.

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Premier enseignement de ce scrutin, la très forte abstention a sans doute figé la carte électorale. Les présidents sortants ont profité d’un bonus qui a joué à la fois en faveur des candidats de droite et de gauche. Le Rassemblement national de Marine Le Pen n’a pas réalisé la percée annoncée par les instituts de sondage. Idem pour les écologistes qui n’amplifient pas la dynamique amorcée depuis les européennes de 2019. La majorité pour sa part n’est pas parvenue à surmonter son handicap de manque d’ancrage local.

« La politique n’est pas morte »

Le premier à s’exprimer dimanche soir a été le président des Hauts-de-France (ex-LR) Xavier Bertrand, crédité, selon les instituts de 39 % à 46 % des voix, loin devant Sébastien Chenu, candidat du National. Se rallier . « Nous avons montré par le travail que la politique n’est pas morte. Nous avons desserré les mâchoires du Front national pour les briser », salue le probable candidat à la présidentielle qui utilise délibérément l’ancien nom du parti de Marine Le Pen.

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A droite, d’autres ténors font également une bonne opération. C’est le cas de Laurent Wauquiez qui frôle la qualification directe avec 45% à 47% des voix. Quant à Valérie Pécresse, l’autre figure de la droite qui peut prétendre participer à l’élection présidentielle, elle dépasse les 34 % en Île-de-France et améliore son résultat 2015 de quatre points.

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Cette prime aux diplômés a également profité aux socialistes. En Nouvelle-Aquitaine, Alain Rousset, qui brigue un cinquième mandat, n’est pas gagné par l’usure comme certains l’avaient prédit. En Occitanie, Carole Delga (PS-PCF-PRG) obtient environ 40 % des voix. Des personnalités moins connues se portent aussi bien, comme Marie-Guite Dufay, en Bourgogne-Franche-Comté.

La socialiste qui l’a emporté de justesse en 2015 a amélioré son score cette année, avec environ 27% des voix. Elle prend la place de grande favorite pour le deuxième tour. Un succès qui tranche avec le mauvais score du candidat RN Julien Odoul. Avec environ 23 % des voix, il dévisse de 8 points par rapport au candidat RN de 2015 qui est sorti en tête du premier tour.

L’extrême droite glisse

Les erreurs de campagne du jeune candidat expliquent sans doute ce score mais globalement, le RN ne réalise pas du tout une bonne opération et pourrait même être éliminé au premier tour dans trois régions. En Provence Alpes Côte d’Azur, principale cible du RN, alors que les sondages plaçaient le RN, Thierry Mariani, 10 points devant le LR sortant, Renaud Muselier, l’extrême droite semble patiner. Les deux hommes sortent épaule contre épaule.

Dans la soirée, le patron du PS, Olivier Faure et celui de LREM Stanislas Guérini, ont tous deux déclaré que leurs listes se retireraient partout où il y a un risque de victoire du RN – en revanche en Paca, la liste de gauche a annoncé dimanche soir que elle avait l’intention de rester. Cette situation difficile pour le RN, si elle se confirme dimanche prochain, risque de handicaper Marine Le Pen dans sa course à l’Elysée.

Les écologistes peuvent eux aussi nourrir quelques déceptions avec, cependant, des motifs de consolation. En Île-de-France, Julien Bayou (environ 13 %) se place devant les autres candidates de gauche, Clémentine Autain (LFI) et Audrey Pulvar (PS). L’ordre de ce tiercé peut compter dans la perspective de l’élection présidentielle.

Faible ancrage de LREM

Quant à la majorité présidentielle, ses difficultés à se rapprocher des élections locales se confirment. Dans de nombreuses régions, ses listes sont directement éliminées : Auvergne-Rhône-Alpes, Hauts-de-France et Occitanie. « LREM a des difficultés dans son implantation territoriale », reconnu Christophe Castaner.

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Dans le Centre-Val de Loire, Marc Fesneau (MoDem), sur qui reposaient certains espoirs, a réalisé un très faible 15%, soit dix points de moins que le socialiste sortant, François Bonneau. La question est désormais de savoir s’il tentera une alliance avec le candidat LR Nicolas Forissier (18 à 20 %) pour vaincre la gauche. Toutes les listes ont jusqu’à mardi soir pour arrêter leur stratégie.

Reste à analyser en finesse le mal démocratique et les moyens d’y répondre. « Le niveau d’abstention est particulièrement préoccupant », a reconnu le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin.

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Accords en perspective

Les listes qui ont obtenu moins de 5% des suffrages exprimés sont définitivement éliminés.

Les listes qui a obtenu entre 5 et 10 % des suffrages exprimés peut fusionner avec une liste ayant obtenu plus de 10 % des suffrages exprimés.

Les listes ayant obtenu plus de 10 % des suffrages exprimés se qualifient au second tour. Ils peuvent fusionner avec une liste ayant obtenu plus de 5% des suffrages exprimés.

La question du « front républicain » débarquera notamment en Provence-Alpes-Côte-d’Azur, où le RN atteint très haut.

La liste de gauche (EELV-PS-PCF) a annoncé son intention de tenir bon.

LREM, qui ne peut être maintenu dans trois régions, détient la clé du second tour dans plusieurs régions : Bretagne, Pays de la Loire, Centre-Val de Loire, Bourgogne-Franche-Comté. En Île-de-France, LREM et le PS joueront le rôle de faiseurs de rois. Le parti de la majorité « prendra ses responsabilités » partout où il y a un « risque avéré » de victoire pour l’extrême droite, a déclaré Stanislas Guerini, chef du parti.

Toutes les listes ont jusqu’à mardi soir pour arrêter leur stratégie.