« La campagne, saisie par la sécurité, n’a pas mobilisé les électeurs du RN »

La Croix : Quel est le principal enseignement de ce premier tour ?

Olivier Rouquan : La hausse de l’abstention par rapport aux dernières estimations pénalise le Rassemblement national (RN) et la République en marche (LREM), c’est-à-dire les formations qui comptaient le moins d’élus sortants, les moins territorialisées.

Parce que le petit noyau d’électeurs qui s’est déplacé vers des repères politiques, connaît le paysage local et a profité aux partis qui gèrent les communautés. On peut citer les partitions de Xavier Bertrand en Hauts-de-France, Laurent Wauquiez en Auvergne-Rhône-Alpes, Valérie Pécresse en Île-de-France, mais aussi Carole Delga en Occitanie où le RN a été remis. gagnant.

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Justement, ce premier tour est aussi une déception pour le parti de Marine Le Pen…

OR : C’est un sujet de questionnement et de réflexion. La campagne a été rattrapée par les thèmes de prédilection du RN, comme la sécurité, mais n’a pas mobilisé cet électorat, y compris dans des territoires favorables comme l’Occitanie, où Louis Alliot avait porté les couleurs en 2015 avant de ravir la mairie de Perpignan.

Longtemps, on a considéré qu’une forte abstention pénalisait le RN, mais récemment on a pensé que c’était moins le cas. L’abstention exponentielle de ce premier tour semble confirmer la première hypothèse. C’est en fait un électorat, on le sait, moins éduqué, moins privilégié et parfois plus jeune. Ces facteurs cumulatifs peuvent produire soit une abstention, soit un vote populiste.

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Du côté de la majorité, comment comprendre les scores décevants qu’elle enregistre ?

OR : Dans de nombreuses régions, LREM enregistre des scores inférieurs aux sondages. C’est le cas par exemple en Bretagne où la liste majoritaire était dite au coude à coude avec celle du Parti socialiste, c’est loin d’être le cas. C’est aussi un échec personnel pour Jean-Yves Le Drian. Les ministres impliqués dans la campagne, comme Marc Fesneau en Centre-Val de Loire, sont également en deçà des résultats attendus.

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Comment comprendre cette situation ? Peut-être que l’électorat de LREM se concentre sur l’élection présidentielle, voire sur le président de la République ? C’est en tout cas le signe que LREM n’a pas du tout avancé dans la fabrication du militantisme dans les territoires, et c’est très inquiétant. Le parti au pouvoir ne peut plus ignorer le local.

A quels mouvements peut-on s’attendre au second tour ?

OR : Il est très difficile de prévoir ce qui va se passer, en dehors des régions où les sortants ont une avance confortable. Il existe une grande incertitude quant à la participation. Et en cas de rebond de la participation, il est très difficile de savoir qui en bénéficiera. Les électeurs du RN, déçus des résultats du premier tour, vont-ils se mobiliser ou, au contraire, compte tenu des perdants, ne bougeront-ils pas ? De même, l’électorat socialiste, dont on disait qu’il allait beaucoup s’abstenir, sera-t-il dynamisé par les taux honorables de ce premier tour ?

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L’union de la gauche, comme dans les Hauts-de-France, a-t-elle porté les fruits attendus ?

OR : Dans un scrutin proportionnel comme ces régionaux, présenter plusieurs listes est parfois la bonne stratégie – à condition toutefois que la campagne ne divise pas trop et de prendre le risque de ne pas avoir de liste au second tour des départementaux.

Mais le Parti socialiste, qui a des présidents sortants et un électorat plus jeune qu’EELV, en sort plutôt renforcé, avec 18% des voix. D’autant que les écologistes recueillent 12,5% des voix. A eux tous, ils dépassent le score des Républicains qui recueillent 27,2 % des voix, confirmant leur position dans les territoires.