Ces électeurs qui se mobilisent au second tour

► En Paca, le manque d’engouement pour le Front républicain

Léo, graphiste à Aix-en-Provence, n’est pas venu dimanche dernier.  » Pas le temps « , argumente-t-il d’abord avant d’ajouter :  » Surtout, je ne voyais pas l’intérêt. «  Ancré à gauche  » entre Hamon et Mélenchon, très sensible aux enjeux environnementaux », ce trentenaire ne culpabilise pas devant une abstention massive. « Nous savions tous que la gauche allait être renversée au premier tour et que ce vote serait inutile. Franchement, j’avais mieux à faire !  »

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Au soir du premier tour, Thierry Mariani (RN) est arrivé en tête, devant le président sortant Renaud Muselier (LR) et le candidat de gauche, Jean-Laurent Félizia (16,9%), finalement retiré au second tour. . Ses partisans vont-ils se mobiliser pour bloquer le RN ? Léo fera l’effort – « Là au moins, il faut choisir entre deux personnes qui sont en mesure de gouverner » – et votera LR.  » Je ne vais pas perdre la tête ! Mais il faut bloquer le Rassemblement National », il justifie en précisant : « Je suis de gauche et il y a beaucoup de choses que je rejette dans la politique de droite de Renaud Muselier, notamment son escalade sécuritaire. Cependant, je fais la différence entre la droite et l’extrême droite. « 

Y en aura-t-il plusieurs sur cette ligne ? Rien n’est moins sûr. 52% de l’électorat de Jean-Laurent Félizia, tête de liste du Rassemblement écologique et social qui s’est retiré lundi, envisagent de s’abstenir au second tour (1). Ce n’est pas le cas de Dro :  » Je viens d’une forte culture politique familiale où aller voter est très important et voter à gauche est essentiel », décrit ce Marseillais de 52 ans.La semaine dernière, il a voté Felizia, sans conviction.  » J’ai même hésité à voter directement pour Muselier », relate cet employé du secteur humanitaire. Dimanche prochain, il votera donc Les Républicains « Sans scrupules et sans états d’âme » : « Les forces progressistes sont clairement mises à l’écart dans notre région, mais que pouvons-nous y faire ? Je n’ai pas d’autre alternative que d’agir modestement, à mon niveau, pour que le pire du pire n’arrive pas… »

► Dans le Centre-Val de Loire, un vote LREM par rejet des autres candidats

Dans le Centre-Val de Loire, le score du ministre des Relations avec le Parlement, Marc Fesneau, meilleure chance de victoire de LREM, a été décevant (16,6 %). A entendre Marie, soutien dès la première heure d’Emmanuel Macron, il explique : dimanche, elle a fait le choix de ne pas voter, pour marquer sa déception devant  » un mandat de cinq ans inutile et des promesses de changement non tenues ». Au centre-gauche,il n’a pas été trouvé dans la candidature de cette figure du Modem,symbolique, selon elle,  » du virage à droite d’Emmanuel Macron ».

Déconcerté, ce chef d’entreprise qui vit à Tours (Indre-et-Loire) soutiendra pourtant, dimanche prochain, Marc Fesneau, resté à la surprise générale. Elle se dit  » dégoûté «  par des négociations infructueuses avec le candidat LR, Nicolas Forissier (18,8 %), qui souhaitait un retrait pur et simple de la liste macroniste.  » Une demande mesquine et injuste, alors que Marc Fesneau avait tendu la main. «  » Dégoûté «  aussi par le ralliement des écologistes et surtout de LFI,  » trop extrémiste », à François Bonneau, président socialiste sortant en tête avec près de 25 % des voix.

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Une alliance  » contre nature », pour Abdoul Abdallah, militant LREM très engagé, etqui constitue un  » ligne rougepour de nombreux électeurs et sympathisants de la majorité présidentielle ».  » Les transferts de voix en faveur de la gauche seront extrêmement rares », il prédit. Parmi eux, Julian Colleret, 18 ans, qui « préfère que Fesneau ait quelques sièges dans l’opposition jusqu’aux prochaines élections plutôt qu’une alliance où nous aurions été limogés par LR. « 

Arnaud, contractuel dans la fonction publique, fait un autre calcul : « Face à la liste de François Bonneau, qui a rejoint l’extrême gauche, je n’exclus pas le vote utile et donc pour Nicolas Forissier, qui a peut-être plus de chance de faire basculer le scrutin.  » Cet électeur macroniste, pour qui la « Le vote doit être un acte citoyen naturel pour tous », espère un départ démocratique, « Une remobilisation de la famille de centre-droit, qui était certainement moins présente au premier tour que d’habitude ».

► Dans les Hauts-de-France, les électeurs RN piqués au vif

Dimanche dernier, au QG RN à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), l’ambiance n’était pas à la fête. Sébastien Chenu, tête de liste dans les Hauts-de-France, n’a recueilli que 24,37% des voix au premier tour. « Nos électeurs ne sont pas venus », a déclaré la présidente du parti avant d’appeler ses partisans à « Redoubler d’efforts » pour le deuxième tour. Un appel relayé par la tête de liste qui a exhorté les militants à  » bouger « .

Message reçu ? Diversement. « J’ai voté pour le RN uniquement pour les départementales car leur discours pour la région ne m’a pas convaincu, explique Cyril, 38 ans, qui vit à Hergnies (Nord), près de la frontière belge. Et si leur seul discours est qu’il faut bouger, je voterai comme le premier !  » Parmi les électeurs, beaucoup se plaignent, au fond, que le vote RN ne sert à rien. « Des bureaux très populaires qui nous sont généralement favorables ont peu voté, note Jean-Claude Guell, candidat RN dans le canton de Tourcoing 2 (ville de Tourcoing). Les abstentionnistes pensent qu’il est inutile de voter pour nous, car nous ne sommes jamais élus. Mais vu le petit nombre d’électeurs au premier tour, si tout le monde se met d’accord, on peut encore gagner ! « 

► En Île-de-France, les électeurs divisés face au rassemblement de la gauche

Pour les électeurs de la gauche francilienne, la fusion des listes derrière l’écologiste Julien Bayou, seule option pour espérer l’emporter face à Valérie Pécresse, présidente LR sortante arrivée première, n’est nullement évidente. « Je les trouve tous nuls, y compris Bayou », balance Ève, étudiante en sciences sociales qui s’est abstenue au premier tour.

Dans le second, cependant, elle votera pour  » bloquer «  À droite : « Derrière Julien Bayou, ce sont tous les mêmes candidats de gauche : par exemple, ils ne vont pas réduire les allocations de planning familial comme Valérie Pécresse.  » Au premier tour, Sébastien avait voté blanc,ne pas se sentir représenté par les candidats de gauche : « Quelques mots d’Audrey Pulvar me dérangent. EELV et LFI sont très démagogiques.  » Au deuxième tour,cet homme de 31 ans, qui se définit comme « Social-démocrate » et « De l’électorat traditionnel du PS », recommencera,« Préférer voter blanc que contre Pécresse ».

Alexis, en revanche, se réjouit de l’union. L’homme de 40 ans n’a jamais raté une élection et « Toujours voté à gauche ». Au premier tour, le jeune papa a longuement hésité avant de choisir Julien Bayou,  » plus dans le concret ». Il ne comprend pas, d’ailleurs,  » les critiques de Pécresse et Bardella » autour de la liste de rassemblement. Pour lui il n’y a pas d’incohérence « Voir l’extrême gauche et le centre-gauche s’unir autour du Bayou. Plus le syndicat est grand, mieux c’est. « 

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Les configurations du second tour

> Élections départementales :

Pour maintenir une paire il fallait atteindre 12,5% d’inscrits, faute de quoi les deux paires de tête sont qualifiées.

En raison de la forte abstention, la quasi-totalité des seconds tours sont des duels, car peu de candidats arrivés en tête ont atteint 12,5% des inscrits.

Il n’y en aura que deux triangulaires, à Mayotte, où la participation a atteint 63,3% (contre 33,3% pour l’ensemble de la France), et dans le Tarn-et-Garonne, les zones rurales étant moins abstentionnistes.

> Élections régionales :

Pour être maintenue, une liste devait atteindre 10 % des suffrages exprimés.

Au total, il y aura deux quinquangulaires (avec la gauche divisée en deux listes), huit quadrangulaires (entre gauche, centre, droite et extrême droite), trois triangulaires (sans la majorité présidentielle) et quatre duels.

→ RETROUVEZ dès le 27 juin au soir les résultats du second tour des élections régionales 2021